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Menton, Les Colombières (jardin privé)

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Classé monument historique, jardin restauré à l’initiative de son propriétaire, et grâce à l’aide de l’Etat et du Conseil général.

Reliée au boulevard de Garavan par une petite route sinueuse, la propriété est située à une centaine de mètres d’altitude au-dessus de la baie de Menton : en rupture avec l’environnement bâti sur la colline, l’ocre rouge de la construction et la sombre verticalité des rangées de cyprès signalent cette composition d’ensemble des années 20.

Le jardin des Colombières est inséparable de la maison. Ils ont été conçus et réalisés en même temps par Ferdinand Bac, de 1919 à 1927, sur une propriété de six hectares, ramenée aujourd’hui à 2,5, acquise par ses amis les Ladan-Bockairy qui voulaient en faire leur résidence d’hiver. L’oliveraie comportait une petite maison de villégiature, ayant appartenu au philosophe Alfred Fouillée, auteur de plusieurs ouvrages sur le thème des “idéeforces”.

Bac utilisa les murs maîtres de la construction pour la transformer en palazzino ouvrant sur le jardin d’Homère, un atrium à bassin central dont les murs abrités par des toitures sont ornés de peintures murales de sa main, comme plusieurs pièces de la maison. La promenade est jalonnée de “fabriques”, de sculptures et de céramiques dédiées à des figures de la mythologie antique ou à des artistes de la Renaissance ; on y découvre des édifices élaborés de manière à encadrer des points de vue sur sa “majesté panoramique” le paysage, ou à mettre en évidence quelques éléments extraordinaires selon lui, du jardin : olivier inattendu, cyprès particulièrement effilé, caroubier millénaire découvert lors du débroussaillage du terrain, dans l’axe duquel F. Bac fit construire un pont et dresser une colonnade pour rendre hommage à cet “arbre-dieu” ; ou enfin le tortueux escalier du philosophe conservé à la mémoire du propriétaire précédent.

Après avoir longé le jardin d’Homère, on va traverser des lieux aux dénominations parlantes : le jardin du trompe-l’œil axé sur un décor vertical en perspective, car nous dit F. Bac : “par les fresques et les céramiques, les murs disparaissent pour donner l’impression du lointain et de la liberté” ; la fontaine de Nausicaa, où est représentée la rencontre de la princesse-lavandière avec Ulysse ; la salle de bal ou rotonde de l’obélisque centrée par un miroir d’eau circulaire.

La nostalgie de Bac nous parvient encore aujourd’hui à travers les Colombières, provoquant un sentiment mitigé d’admiration et d’étonnement.

“Faire un bouquet de tous mes souvenirs de voyage [...] les réédifier autour de moi pour mieux les revivre”.

Il y est parvenu aux Colombières.

Les rêveries d’un paysagiste mondain

" Un choix de formes nées de la Méditerranée, dépouillé de ce qui accuse le caractère si précis des temps, des religions et des règnes, en dégager une synthèse suffisamment claire pour retrouver le signe ancestral qui les unifie tous en une seule famille, baignée par la même mer, le même climat et la même culture originelle"

Cette phrase donne la clef de l’ordonnance du jardin mais surtout celle du logis dont l’aspect extérieur, d’une simplicité voulue, s’harmonise parfaitement avec tout ce qui se déploie alentour dans une profusion d’antiques réminiscences : petits sanctuaires grecs, statues, bustes d’empereur...

On, retrouve aux Colombières des rappels toscans, mêlés à des visions vénitiennes, la Grèce antique et l’Espagne de Philippe IV.

Laissons à nouveau la parole à Ferdinand Bac pour nous expliquer la conception du jardin :

"Cette façon de voir débute, autour de la maison, par de menues intimités , par un jardin secret, enfermé dans des grilles et des murs, pour s’amplifier peu à peu, à mesure qu’on s’éloigne du logis, à des dispositions géométriques plus audacieuses jusqu’à s’abriter dans la soumission d’une topographie grandiose, pleine d’accidents, de ravins, de rochers, indociles à toutes discipline, en aboutissant enfin à un promontoire où les dernières chaînes des Alpes plongent dans un horizon infini..."

UN JARDIN DE SIX HECTARES

Les fabriques sont les surprises du Jardin. Plusieurs d’entre elles, pavillons, colonnades, ponts et même mausolée, proposent entre leurs arcatures de merveilleuses échappées sur la vieille ville, les caps et les crêtes rocheuses. L’effet de cadrage ayant la capacité de rendre proches les vues éloignées, celles-ci deviennent des ornements pour le jardin.

Certains des tableaux sont des éléments intérieurs du jardin désignés par quelque alignement, ce qui est habituel pour les bassins ou les sculptures des jardins classiques, mais aux Colombières, Ferdinand Bac a axé plusieurs perspectives sur des arbres.

Les arbres participent en effet de cette conception méditerranéenne du Jardin. Ici, point d’essences rares, d’acclimatations audacieuses, on se promène parmi les cyprès et les oliviers. En 1922, Ferdinand Bac écrivait dans l’Illustration :

"Depuis le jour où Lord Brengham planta le premier palmier dans son jardin de Cannes, Il y a bientôt cent ans, la villa méditerranéenne reçut une direction exotique qui rompit avec toutes les traditions naturelles du sol"

Toute la façade de la maison est crépie et couverte d’un badigeon safran et ocre. Bac justifie ce choix en regrettant l’introduction systématique du blanc dans les aspects extérieurs des habitations à cette époque :

"Avec les plâtres et les stucs, ces façons créent une monotonie crayeuse et et aveuglante dans un pays visiblement né pour la couleur"

Statues, Vitraux et fresques

Dès le vestibule d’entrée, le visiteur est plongé dans l’ambiance : peintures, statues, vitrail...

Pourtant, c’est dans la salle-à-manger contiguë qu’il va avoir l’impression la plus forte. Au bout de la table, une vitre scellée dans la maçonnerie, pour donner l’illusion d’une loggia, qui offre la plus belle vue que l’on puisse avoir sur Menton.

Dans le salon-bibliothèque. Bac a réalisé une suite de fresques à la Maurice Denis bien mises en valeur par le choix de l’éclairage et des nuances utilisées dans la décoration. Lui faisant suite, le salon de musique prend à droite une forme d’abside dans laquelle Bac a peint les neuf muses.

Après avoir franchi une porte en ferronerie, le visiteur a accès au Jardin d’Homère : un enclos dont le pourtour est orné de peintures murales tirées de l’Odyssée. Au centre du jardin, un bassin a été transformé récemment en piscine.

Les chambres ne déparent pas l’harmonie de l’ensemble. Chacune évoque un aspect de la Méditerranée : chambre vénitienne, grecque, espagnole... Le mobilier est assez limité et là aussi Bac a utilisé son talent de peintre pour réaliser des fresques adaptées au style de la pièce.

C’est à un véritable embarquement pour une promenade en Méditerranée auquel nous invite Bac l’enchanteur.

Source : Pour Menton Magazine N°11
illustration : Ferdinand Bac


article publié le 21 mai 2010
dernière mis a jour le 28 août 2009 à 14h22min


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