Exposition : montrer sa nuit en plein jour

Date(s) : Du 24 juin au 10 octobre 2011

Lieux de l’exposition

Palais de l’Europe,
Avenue Boyer
06500 MENTON
04.92.41.76.50

Musée Jean Cocteau, Bastion
Quai Napoléon III
06500 MENTON
04.93.57.72.30

Dates et horaires d’ouverture

Du 24 juin au 10 octobre 2011
Tous les jours sauf le mardi et les jours fériés
De 10h à 12h et de 14h à 18h

Tarifs :

Entrée 5€
Etudiants et groupes (min 10 pers.) 2,5€

Dans le cadre de la manifestation L’Art Contemporain et la Côte d’Azur – Un territoire pour l’expérimentation, 1951-2011, le Musée Jean Cocteau propose une exposition consacrée à l’art vidéo, intitulée Montrer sa nuit en plein jour.

L’exposition entend refléter la vivacité de ce médium et les rapports qu’il entretient avec la performance, le cinéma, la photographie, le dessin et l’écrit, à travers près de 20 vidéos réalisées par 12 artistes originaires de la Côte d’Azur ou y vivant actuellement.

A l’automne 1959, Jean Cocteau tourne Le Testament d’Orphée (sous-titré Ne me demandez pas pourquoi) aux Baux de Provence, à Villefranche et Saint Jean Cap Ferrat, ainsi qu’aux Studios de la Victorine à Nice. Revendiquant le droit à une création totalement libre, il livre aux spectateurs un legs oraculaire :

"Mon film n’est pas autre chose qu’une séance de strip-tease, consistant à ôter peu à peu mon corps et à montrer mon âme toute nue. Car il existe un considérable public de l’ombre, affamé de ce plus vrai que le vrai qui sera un jour le signe de notre époque."

Dans Le Testament d’Orphée comme dans La Villa Santo Sospir, court-métrage tourné en 16 millimètres, Jean Cocteau s’affirme comme unique sujet de son œuvre filmée. Cette démarche, couplée à un usage artisanal de la caméra, préfigure dans les années cinquante la posture de l’artiste performer et l’apparition de l’art vidéo.

Résonnant comme un écho au film-manifeste de Cocteau, dont se réclameront les principaux protagonistes de la Nouvelle Vague du cinéma français, les œuvres vidéo de l’exposition convergent vers cette mise à nu symbolique de l’artiste. Par différents procédés d’autoreprésentation, et dans une confrontation troublante avec leur propre image, les artistes mettent en jeu leur identité et nous invitent à repenser le statut de l’œuvre filmée, navigant entre réalité et fiction.

Brice Dellsperger, Eric Duyckaerts, Jean-Pierre Khazem, Virginie Le Touze et Ian Simms se placent face caméra et endossent dès lors la fonction assignée par Cocteau à la poésie : Montrer sa nuit en plein jour.

L’exposition se déroule en deux temps

1) Confrontation

Au Palais de l’Europe, ancien Kursaal de Menton, sont présentées les rencontres de Brice Dellsperger et d’Eric Duyckaerts avec leurs doubles respectifs, dans des mises en scène empruntées au cinéma et au music hall. Dans cette étrange confrontation de l’artiste à sa réplique, le renoncement à toute forme d’illusionnisme et la prégnance des artifices du spectacle mettent en lumière ce « plus vrai que le vrai » de la création.

Le monde de la nuit a offert à Eric Duyckaerts les décors de deux vidéos, tournées à dix ans d’intervalle dans une boîte de strip-tease à Pigalle, et dans une discothèque niçoise. La première, intitulée The Dummy’s Lesson et réalisée avec Jean-Pierre Khazem, fait partie d’une installation composée d’une sculpture reproduisant l’artiste en ventriloque, et tenant une marionnette à son effigie. La vidéo montre le mécanisme de soumission du ventriloque à sa cruelle marionnette. Pour la seconde, Parades, il filme tel un fervent ornithologue une scène de séduction hilarante entre lui-même et l’artiste Virginie Le Touze. Ce duo évolue sur l’écran dans une chorégraphie absurde, reflet d’une quête de mimétisme insensée.

C’est sur le tube More than a woman des BeeGees, dans un remake de Saturday Night Fever, que Brice Dellsperger danse joyeusement avec son double. En conservant la bande originale du film l’artiste interprète les deux rôles, originellement féminin et masculin, usant d’un travestissement et d’un trucage ostensiblement apparents. Dans Bodydouble 15, il rejoue face à sa propre caméra une rencontre empruntée au film Dressed to kill, de Brian de Palma. Deux versions, réalisées en 1996 à Disneyland et en 2001 au Musée de Wiesbaden, permettent de mesurer le travail de transposition et de décalage qui caractérise chacune des « doublures vidéo » réalisées par Brice Dellsperger.

A ces représentations de l’artiste face à son double répond le programme « duelles » proposé par Documentsdartistes.org, qui met en regard deux œuvres travaillant ou expérimentant le médium vidéo dans une même direction. Avec Juliana Borinski, Anna Byskov, Julien Bouillon, Christophe Boursault, Pierre-Laurent Cassière, Jean Dupuy, Jean-Baptiste Ganne, Virginie Le Touze.

2) Evasion

La seconde partie de l’exposition occupe les deux étages du Musée Jean Cocteau. Dans ce fortin défensif, qui fut une prison, Virginie Le Touze et Ian Simms prêtent leur voix à des récits soigneusement élaborés autour de la disparition.

Dans un travail essentiellement soutenu par sa voix, Virginie Le Touze expose une intimité sans fard, qu’elle emprunte à des figures féminines iconiques du cinéma ou de la chanson. La voix et l’image de l’artiste sont alternativement coupées, brouillées, réduites à la limite du perceptible, dans les vidéos Insomnie, Pantomime ou The Boy from Ipanema. Pour l’exposition Montrer sa nuit en plein jour, elle imagine une comptine intitulée Dix petites filles, interprétée par des élèves du chœur d’enfants du Conservatoire de Menton, et dont la vidéo sera tournée dans les murs du bastion.

L’œuvre d’Ian Simms, Sud Africain blanc exilé en Irlande du Nord et vivant aujourd’hui en France, est parcourue par un questionnement sur la disparition. En détournant les codes de l’autoportrait, du journal intime ou des revues à scandales, les œuvres présentées au musée procèdent d’un maillage narratif proche du sample musical, et opèrent un brouillage entre l’autobiographie et la fiction. Le récit de son exil dialogue avec un fait divers tragique impliquant un certain Ian Simms, emprisonné en Angleterre, qui inspira l’œuvre intitulée Ian Simms on Ian Simms.

article publié le 8 août 2011
dernière mise a jour le 8 août 2011 à 11h12min
 
 
 
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